Besoin de nature? Envie de jardin!

C'est un constat indiscutable: nos expériences de connexion à la nature sont de plus en plus rares dans notre quotidien. Mais quels en sont les effets concrets sur notre santé physique et mentale? Petit tour d'horizon de nos pathologies... Et si les jardins, ou du moins certaines formes de jardins, étaient une des solutions?

Nature: la grande absente

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Les philosophes, les psychologues et les médecins se sont penchés sur notre cas: en l'espace de deux générations, nos expériences d'immersion dans la nature se sont amoindries dans des proportions énormes et c'est le cas dès l'enfance. C'est bien entendu lié à notre tendance à habiter de plus en plus en milieu urbain mais aussi à la façon dont les campagnes se sont affranchies des écosystèmes. Les effets de cette rupture avec la nature sont indéniables et pourtant, contrairement à d'autres carences, nous ne sommes même pas conscients d'être en manque tant les répercutions semblent en lointain rapport avec la cause.


Les bienfaits de la nature: contrecarrer les excès de "culture"?

D'après les études, la nature nous déstresse, abaisse notre fréquence cardiaque, limite notre sensibilité à la douleur, augmente notre capacité d'attention, renforce notre immunité et stimule nos capacités cognitives. La liste de ses bienfaits est longue et a donné naissance à un courant thérapeutique: la sylvothérapie, c'est-à-dire la possibilité de se soigner en utilisant la forêt. Les japonais ont d'ailleurs un terme pour ça: shinrin-yoku, littéralement les "bains de forêt". Les expériences de reconnexion avec la nature, grâce aux images et émotions qu'elles génèrent, feraient appel à notre cerveau primitif et nous permettraient ainsi de faire abstraction de contraintes intimement liées à nos modes de vie urbains: rapport au temps, à la performance, à la profusion d'informations dissonantes. Les mécanismes en jeu sont nombreux et leur compréhension est en cours d'analyse.

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C'est par où la nature?

Pour que les bienfaits de la nature puissent être les plus complets, le caractère sauvage et brut doit primer sur le reste. Les grands archétypes paysagers auxquels notre cerveau a été intimement confronté au cours de l'évolution sont les plus profitables: forêts, sous-bois, prairies... Quant à la façon d'y accéder, rien de tel que la marche entrecoupée éventuellement de mini-séances d'observations et de prises de contact corporelles.

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Mais au-delà des processus de guérison, c'est bien entendu en amont qu'il serait le plus utile d'agir: en augmentant les possibilités de s'immerger dans la nature dans le cadre de notre vie quotidienne. Les opérations de restauration écologique, toutes utiles qu'elles soient, ne permettent que trop rarement aux visiteurs d'avoir accès aux sites dotés d'une grande richesse biologique, et ce pour d'excellentes raisons liées à la préservation des écosystèmes. C'est donc dans d'autres contextes que les "instants natures" doivent trouver leur place. Les parcs publics, les abords d'entreprises, de bâtiments publics ou de voiries peuvent ainsi, pour autant que les aménageurs adoptent des lignes directrices fortes en matière de naturalité, apparaître comme des solutions à des problèmes de santé publique. A titre privé, nous pouvons aussi créer des lieux de grande valeur pour notre bien-être au travers de nos balcons, terrasses et jardins. De tel espaces existent déjà: c'est ce que démontre le courant paysager qui se revendique comme "naturalistique".

 

Nous en reparlerons ;-)

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Quelques liens pour aller plus loin

  • Une émission en podcast sur France-Inter consacrée à "Notre connexion à la nature".
  • André C. (2012), "Notre cerveau a besoin de nature" Cerveau & psycho, 54, pp 12-13 [en ligne]
  • Barton J. & Pretty J. (2010), "What is the Best Dose of Nature and Green Exercise for Improving Mental Health? A Multi-Study Analysis" Environmental science and technology, 44, pp 3947-3955.
  • Duretz M. (22 avril 2018), "Le bain de forêt comme thérapie" Le Monde [en ligne]
  • Louv R. (2011), "The nature principle: human restoration and the end of nature-deficit disorder", Alguonquin books, 352p.